Titre original : Grizzly Years
1987, trad. fr., 1997,
Gallmeister, 2012
Temporalité : années 1970-1980
Localisation : Amérique du Nord
Mes années grizzly est
un livre difficile à quitter. Une promenade avec Doug Peacock dans
l'univers des grizzlys des Etats-Unis. Celui qui a inspiré
Edward Abbey pour un personnage clé du gang de la clé à molette et qui est évoqué
avec respect et sourire par Rick Bass dans Les derniers grizzlys.
Pendant une dizaine d'années, l'auteur a passé plus de six mois de
chaque à observer et vivre auprès des Ursus horribilis,
nom scientifique des grizzlys.
Combat intérieur
Mes années grizzly raconte un combat
pour s'en sortir mais aussi une vie de nature, sans fioriture mais
suffisante, au bord de prairies ou de glaciers, à Yellowstone ou
dans le Montana. Il va vers eux par humilité, pour se
retrouver face à ces animaux qui peuvent tuer, réduire l'homme à
néant. Ce n'est pas par curiosité perverse que Doug Peacock observe
de près ces ours. Habitué à la vie en pleine nature, il doit
faire sortir de lui les monstres du Vietnam, la guerre, la mort,
l'horreur traversée durant 18 mois. Un an et demi passés comme
soldat infirmier sur le front, à tenter de sauver des vies, voir
tuer, tuer, regarder les vies de femmes et d'enfants bombardées par
des frappes aériennes maladroites. C'est pour vivre, pour s'en
tirer, pour surmonter tout cela que Doug Peacock va vers les
grizzlys. Pour remettre l'homme a la place qu'il doit tenir.
Une scène au début montre ainsi
Peacock face à un grizzly, il peut y passer si l'ours le souhaite.
Mais le regard et l'attitude de l'animal lui montrent que celui-ci
l'épargne. Quelque chose de magique passe dans ces lignes comme dans
la vie de Peacock.
Eprouver la supériorité de la nature
Sa quête fait de Doug Peacock l'un des meilleurs
spécialistes des grizzlys. Le livre distribue des conseils, raconte
de longues marches, les interactions, l'observation et un amour
passionné pour ce qui dépasse l'humain occidental. Car la vie dans
la nature de Doug Peacock est éthique et politique, une tentative
concrète de réconcilier l'homme avec ce qui l'entoure.
En éprouvant la beauté et la supériorité de la nature,
en travaillant sur soi pour ne plus s'en sentir extérieur. Et
pouvoir à nouveau en faire partie. C'est tout ce chemin que raconte
Doug Peacock avec grande précision et sens de la narration. Dans ce
livre, on croise des femelles avec leurs oursons, des amis de Doug
Peacock, sa compagne, le grizz de Bitter creek, le grizzly noir et
blond.
L'auteur le répète de nombreuses
fois, chaque grizzly peut le tuer ou le blesser gravement loin de
toute civilisation. Mais il voit en l'ours davantage qu'un membre d'une
espèce prédatrice, un élément spécial d'un monde où l'homme
faisait partie de la nature. Les grizzlys sont aujourd'hui sous la
menace de l'entreprise humaine de rationalité et de conquête,
contraire aux instincts et à l'âme humaine
L'ancien combattant se confronte à ses
démons dans ce livre, il ne peut plus croire dans le progrès de la
civilisation dans laquelle il a grandi. La dernière scène du livre
est finalement un étrange moment de réconciliation, seul le jour de
Noël, dans le désert aride du sud des USA . L'observation des
grizzlys lui a permis de vaincre ses instincts de mort.
L’éditeur ne nous donne aucune explication sur la genèse de cet ouvrage et c’est bien dommage car elle pourrait excuser certaines de ses faiblesses. A priori, série de récits tirés du journal de l’écrivain se déroulant sur plusieurs années, on regrettera les répétitions et une construction mal élaborée laissant un sentiment d’éparpillement. Par conséquence le bouquin paraît un peu long parfois alors qu’il aurait tant gagné à être plus ramassé.
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