Quand Pepe Carvalho devient ennuyeux
Titre original : El hombre de mi vida
2000, traduction 2002, Points Seuil
Localisation : Barcelone
Temporalité : 1999-2000
Presque quinze jours. Le temps qu'il m'a fallu pour venir à bout de ce roman de Montalbán (296 pages). Il y a des romans qu'on met des années à lire. Parce qu'ils résistent. Parce qu'on n'est pas prêt ou qu'ils ne pressent pas. Ici, c'est la langueur générale qui paralyse, ralentit, empèse. Peut-être que cela vient de moi ? ou de l'impression que Montalbán dans "L'homme de ma vie" a surjoué ? L'écrivain catalan en a-t-il fait trop ou était-il en panne ?
Pepe Carvalho, détective privé de Barcelone, est une superbe création. Ici, le malheureux est balancé dans des univers confus, rencontre une dizaine de personnages, reçoit des fax d'une ancienne conquête, restitués in extenso et occupant tant de pages que le lecteur en perd le fil. On ne sait pas trop ce qui arrive dans cette histoire, des nationalistes catalans, des cathares, un meurtre au départ mais on survole tout ça. Sans bien comprendre où l'on nous mène. Dans un complot peut-être. Aucun personnage n'est vraiment crédible, même Charo, la prostituée et compagne de Carvalho ainsi que son fidèle Watson, Biscuter, semblent hors jeu. À côté de la plaque. Quand Pepe apprend la mort de l'ancienne conquête, il semble ne pas y croire, plongé dans un monde parallèle entre souvenirs et réalité. Pendant les deux derniers tiers du roman, il semble être un personnage en toc, ballotté par le récit sans point d'orgue ni répit.
On n'a parfois l'impression que Montalbán fait ici du remplissage. Sans travailler la mélancolie ou la philosophie des digressions de Carvalho, l'auteur fait ses lignes, à côté du récit. Il a pondu son roman, un de plus. Sans joie. « On ne peut pas être un outsider. Il n'y a pas de place dans ce monde pour les outsiders », lance ainsi un des personnages à Carvalho. On ne comprend pas le sens de tout ça, on suppose que Montalbán a voulu nous aiguilloner mais le soulagement à la fin du texte est un signe. On n'a pas été dupe, Montalbán comme le Barça dans un mauvais jour n'y croyait pas vraiment. Comme on fait un mauvais match, il a fait un mauvais roman. Il s'est contenté de lancer des pistes, des débuts de trame laissées ensuite en friche. Et le Pepe, libertaire et lucide et "L"homme de ma vie" du titre, semble avoir pris un coup de vieux.
Thématiques : Barcelone, amour, sectes, pouvoir
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