28 mars 2011

Notes sur "Le Vieux Coup de la sauterelle" de Kinky Friedman

L'étoile Kinky, « pas tout à fait dans l'alignement des autres canards »

Titre original : Frequent Flyer
1989, traduction 1994, Rivages/noir
Localisation : New York
Temporalité : 1989

On ne se souvient jamais précisément des intrigues de Kinky Friedman. Celle-ci part pourtant sur les jantes: l'enterrement de John Morgan, ancien Peace corps avec lequel Kinky a servi à Bornéo, auquel Kinky va assister à Cleveland. Il semble être le seul à s'apercevoir que le cadavre dans le cercueil n'est pas John Morgan. La suite, « Kinkster » essaye de retrouver son ami.

Kinky Friedman (auteur, narrateur et personnage principal) est un ancien chanteur de country, qui, avec ses « Texas Jewboys », a sillonné les USA. Parmi ses hits : « I'm proud to be an asshole from El Paso » ou « They ain't making jews like Jesus anymore ». Dans les polars, il se met en scène en détective, ex chanteur de country, réfugié dans un loft de Manhattan.
Lire Kinky, c'est se payer un voyage dans un univers où les « siestons roboratifs » succèdent aux verres de whisky, aux bouffées de cigare et aux visites de ses amis, issus d'une faune hétéroclyte, qui lui donnent des coups de main. Dans « Le Vieux Coup de la sauterelle », il échappera ainsi une demi douzaine de fois à la mort grâce à leurs interventions. L'enquête attirant vers le Juif texan un nombre conséquent de nazis ou de skinheads.

Frôlant le ridicule, Kinky Friedman (l'auteur) s'en sort toujours. C'est le maître du polar comique. L'étoile, plutôt. « Le Vieux Coup de la sauterelle » est une livraison moyenne du « Kinksta », mais le moyen de Kinky est souvent nettement au-dessus de la moyenne. Parce que sa force est de promener le lecteur dans un monde unique où il glisse ses sentences sur la vie, la mort, l'amour inspirées de la country. Elles sont bien présentes au milieu de ses réminiscences de Bornéo ou ses errances dans New York. Sans, dans cet opus, les métaphores rocambolesques et poétiques qui font passer du bon Kinky au grand Kinky.
Certaines envolées tiennent néanmoins la route : « Alors comme ça, j'étais cinglé. Pas tout à fait dans l'alignement des autres canards. Parti pour cette banlieue où nul bus ne va roulant. La date sur mon bristol était, semble-t-il, forclose. Il n'y avait rien qui clochait chez moi. J'étais cinglé. »

Ce sont ici quelques attaques de chapitres qui fascinent. Le 45 : « On épouse toujours, dit-on, la personne avec laquelle on va voir Casablanca pour la première fois. » Le 24 : « Jamais Frank Sinatra n'a chanté les beautés de Bayonne, New Jersey. » Le 51 : « À Austin, quand quelqu'un meurt, on dit qu'il est parti chez Willie Nelson. »

Thématiques : mort, nazisme, folie, New York

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