15 déc. 2008

Portrait

Le portrait suivant est le résultat d'un exercice lors d'un cours sur ce genre journalistique en février 2008. La consigne: "Vous me faites un portrait en 3000 signes".

J'ai modifié les noms et les repères spatio-temporels.

P. F., l’homme aux deux visages


Un personnage à double face. Avec sa voix traînante, P. F. est un chanteur de country-folk crédible dont l’univers renvoie à la terre rougeâtre du désert d’Arizona. Mais c’est Maxime Simon (prénom et nom d'emprunt) qui dépose son CV à l’accueil des agences d’interim.

Il n’y a pas de poussière sur les bottes de P. F. Ce n’est pas le cuisant soleil de l’Arizona qui lui a tanné le cuir du visage et rendu rêches les cheveux de paille. Ce n’est pas non plus à force de regarder les bussards tournoyer lugubrement dans un ciel bleu acier que son regard s’est affûté.
Au départ, maxime Simon, 38 ans, est né d’un père mécano et d’une mère qui accueillait les conscrits pour le compte de l’armée. Il vit toujours à C., intérimaire depuis vingt ans, allant d’entreprise en entreprise pour « rencontrer les gens » et pouvoir se consacrer à la musique quand l’inspiration arrive.
Chantant en anglais, avec l’accent railleur et paresseux du sud des Etats-Unis, F. n’a pourtant jamais poser ses semelles sur le sol américain. Il ira là-bas mais avec les ambitions simples de Maxime : « Arriver dans le Missouri, se taper le Macdo du coin, finir au bowling, aller à l’hôtel et repartir en caisse le lendemain se balader. Je le ferais sûrement avec ma chérie. »
Rencontre avec Johnny Cash
Le côté « P. F. » est véritablement apparu un matin d’été sur un camping de la côte Atlantique. Tout juste majeur, Fabrice y vendait des Ouest-France à la criée. « Un jour, j’arrive près d’une caravane, un mec était en train de se repeigner, les cheveux bien gominés en arrière avec une espèce de glace sur une chaise. La bagnole les portes ouvertes, la zique à fond ! » Il tente de lui vendre un journal, le gars refuse. Sonné, happé par la musique, il demande au campeur gominé ce qu’il écoute. « Il m’a regardé d’un air genre "Mais t’es malade ?", genre "Tu connais pas ça !" De cet air-là, il m’a fait : "Bah, c’est Johnny Cash…" La saison d’été terminée, j’arrive à C. Musique, rue du maréchal J.: "Vous avez pas du Johnny Cash ?" . Et ben là, c’était parti… »
Dix-neuf ans plus tard, P. F., accompagné de quatre musiciens, les Goodfellas (les affranchis en français) a sorti fin-décembre en auto-production un deuxième album. Good to be back (titre légèrement modifié), un disque aux arrangements soignées dont le titre entretient l’ambiguïté géographique du personnage.
Il raconte « des petites histoires. Les morceaux découlent souvent de ce qui me touche dans la vie. » A l‘exception d'une lumineuse chanson écrite par sa « chérie » un soir d’été à la descente de leur vieux camion Mercedes: « On venait de se cogner trois mille bornes. Dans la chanson, elle parle de petits endroits où on est allé. C’est un morceau de la route. »
Unis par la route
Peut-être cette route sur laquelle filent dans le même habitacle Maxime Simon , le passionné de mécanique et P. F. qu’on surprend l’œil planté sur la ligne d’horizon. « Si je ne fais rien, quand je vais mourir il ne restera rien de ce que j’ai composé, de ce que j’ai eu envie de chanter. Il faut qu’il reste des CD.»
Voilà pourquoi, le troisième album de P.F. et de ses Goodfellas est déjà en préparation.

NA, février 2008

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