Dégringoler à toute vitesse
Titre original : Wake in Fright
1961, tr.fr. 2006, Livre de poche, 2010
Temporalité : été australe, époque
contemporaine
Localisation : Ouest de
l'Australie
J'imagine le sourire en coin sur le
visage de Kenneth Cook lorsqu'il a trouvé l'idée directrice de Cinq
matins de trop. « Je vais prendre un brave gars et je vais le
mettre en pièces. » Le décor est une sorte de ville isolée
de l'ouest désertique de l'Australie. John Grant, instituteur d'un
petit village, s'apprête à y prendre train pour rentrer chez lui à
Sidney passer six semaines de vacances.
Mais tout va partir de travers selon
une mécanique aussi efficace qu'inimaginable. Au centre de la
dégringolade de Grant, l'aisance des habitants de Bundanyabba (la
ville isolée) a payé des verres aux gens qu'ils rencontrent.
« Voilà une caractéristique bien particulière des gens de
l'Ouest, songea Grant. Tu peux coucher avec leurs femmes, spolier
leurs filles, vivre à leurs crochets, les escroquer, faire presque
tout ce qui te frapperait d'ostracisme dans une société normale :
ils n'y prêtent guère attention. Mais refuse de boire un coup avec
eux et tu passes immédiatement dans le camp des ennemis mortels. »
Trois grandes scènes nocturnes
La mise en pièce de Grant est marquée par trois scènes, trois soirées
enivrées qui l'enfoncent graduellement. La première est une scène de
pari collectif, un pile ou face frénétique, où, saoul, Grant va
gagner une fortune puis se retrouver sans argent. Bloqué dès lors à
Bundayabba jusqu'à ce qu'il puisse se payer un billet pour Sidney.
La deuxième scène se déroule le lendemain, il se fait embarquer
par un père de famille, qui lui paye moultes bières, dans une
soirée d'ivrognerie qui aboutit dans un champ avec la fille de son
hôte. Grant ne tient pas le coup et perd tout estime de lui-même
avant de s'assommer dans l'ivresse.
La troisième scène a lieu
24 heures après, Grant se retrouve dans une partie de chasse sauvage
en voiture avec trois types rencontrés le soir précédent. Une nuit
dans le bush à tirer sur des kangourous puis à les découper en
enchaînant les bières et les coups d'accélérateur. Couvert de
sang animal, Grant tire sur un grand kangourou blanc tout proche. Malgré
d'effrayants râles de douleur, le kangourou reste introuvable. Une
présence fantôme renversant l'équilibre psychologique de Grant.
Bâti avec nervosité et vitesse, Cinq
matins de trop ramène l'instituteur dans le
village où il enseignait. Avec finalement quelques enseignements
étranges sur la vie après une (presque légitime) tentative de suicide : « Je
comprends à peu près comment, même s'il [i.e, un homme] choisit la
bassesse, les évènements qu'il provoque peuvent encore se souder en
un plan raisonnable auquel se raccrocher, s'il le souhaite. »
Thématiques : roman noir, communauté,
alcool, jeu, argent
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