4 févr. 2013

Notes sur "Cinq matins de trop" de Kenneth Cook

Dégringoler à toute vitesse

Titre original : Wake in Fright
1961, tr.fr. 2006, Livre de poche, 2010
Temporalité : été australe, époque contemporaine
Localisation : Ouest de l'Australie

J'imagine le sourire en coin sur le visage de Kenneth Cook lorsqu'il a trouvé l'idée directrice de Cinq matins de trop. « Je vais prendre un brave gars et je vais le mettre en pièces. » Le décor est une sorte de ville isolée de l'ouest désertique de l'Australie. John Grant, instituteur d'un petit village, s'apprête à y prendre train pour rentrer chez lui à Sidney passer six semaines de vacances.
Mais tout va partir de travers selon une mécanique aussi efficace qu'inimaginable. Au centre de la dégringolade de Grant, l'aisance des habitants de Bundanyabba (la ville isolée) a payé des verres aux gens qu'ils rencontrent. « Voilà une caractéristique bien particulière des gens de l'Ouest, songea Grant. Tu peux coucher avec leurs femmes, spolier leurs filles, vivre à leurs crochets, les escroquer, faire presque tout ce qui te frapperait d'ostracisme dans une société normale : ils n'y prêtent guère attention. Mais refuse de boire un coup avec eux et tu passes immédiatement dans le camp des ennemis mortels. »

Trois grandes scènes nocturnes
La mise en pièce de Grant est marquée par trois scènes, trois soirées enivrées qui l'enfoncent graduellement. La première est une scène de pari collectif, un pile ou face frénétique, où, saoul, Grant va gagner une fortune puis se retrouver sans argent. Bloqué dès lors à Bundayabba jusqu'à ce qu'il puisse se payer un billet pour Sidney. La deuxième scène se déroule le lendemain, il se fait embarquer par un père de famille, qui lui paye moultes bières, dans une soirée d'ivrognerie qui aboutit dans un champ avec la fille de son hôte. Grant ne tient pas le coup et perd tout estime de lui-même avant de s'assommer dans l'ivresse. 
La troisième scène a lieu 24 heures après, Grant se retrouve dans une partie de chasse sauvage en voiture avec trois types rencontrés le soir précédent. Une nuit dans le bush à tirer sur des kangourous puis à les découper en enchaînant les bières et les coups d'accélérateur. Couvert de sang animal, Grant tire sur un grand kangourou blanc tout proche. Malgré d'effrayants râles de douleur, le kangourou reste introuvable. Une présence fantôme renversant l'équilibre psychologique de Grant.

Bâti avec nervosité et vitesse, Cinq matins de trop ramène l'instituteur dans le village où il enseignait. Avec finalement quelques enseignements étranges sur la vie après une (presque légitime) tentative de suicide : « Je comprends à peu près comment, même s'il [i.e, un homme] choisit la bassesse, les évènements qu'il provoque peuvent encore se souder en un plan raisonnable auquel se raccrocher, s'il le souhaite. »

Thématiques : roman noir, communauté, alcool, jeu, argent

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire