6 août 2012

Notes sur "La mouche sur le mur" de Tony Hillerman

Une pépite cachée de la littérature noire

Titre original : The fly on the wall
1971, tr.fr, 1991, Rivages/ Noir, 2010
Temporalité : Contemporaine
Localisation : Washington D.C., Etats-Unis

L'un des plus beaux joyaux de la littérature noire est « Un linceul n'a pas de poche » d'Horace Mc Coy. Aussi beau qu'il est méconnu. Le récit tragique d'un journaliste enquêtant dans une ville gangrenée par la corruption, celle-ci atteignant les bureaux de son journal. L'histoire d'un terrible dilemme entre survie et éthique, entre corruption et idéal. Vision manichéenne mais le roman se loge directement en plein cœur pour le lecteur.

« La mouche sur le mur » fait aussi partie de ces pépites sur lesquelles on ne peut tomber que par hasard. Ou presque. Car son existence est quasiment ignorée.
 John Cotton, journaliste politique, 15 ans à suivre la politique US à Washington, est le personnage principal. Une vie pour les faits, pour le métier, pour l'objectivité. Une vie solitaire pour l'actualité politique. Il rencontre un soir un collègue/concurrent, enquêtant sur une affaire, juste avant que ce dernier ne tombe de quelques étages dans le capitole. Il reprend l'affaire, fouille, enquête, recoupe.

Quotidien du journaliste et enquête massive

Tout le roman raconte ce travail.  Une affaire de corruption impliquant agents publics, des commandes de travaux, la mafia de Chicago, politiques. Tout cela a l'air plutôt écrasant, trop grandiose pour un roman noir, mais tout est raconté par Tony Hillerman en l'immergeant dans le quotidien du journaliste. Cela créé une dynamique, une absence d'emphase liée à cette volonté de rester à la hauteur de John Cotton.  Le tout allégé par une storyline amoureuse entre le journaliste et une petite employée de bureau, qui désapprouve son besoin de vérité à cause des vies que cette vérité peut briser.

Tony Hillerman est connu pour ses polars dans le monde des indiens du sud ouest des USA. « La mouche sur le mur » n'évolue pas dans ces univers. Et offre une exploration des limites de l'objectivité journalistique. En publiant son enquête, John Cotton déssert en effet un candidat au poste de gouverneur et favorise son rival pour l'investiture, un opportuniste prêt à tout pour le pouvoir.

Scène finale, la fin de l'objectivité

Averti par un journaliste expérimenté, John Cotton a persévéré, même poursuivi par des tueurs de la mafia. La chasse dont il est le gibier se termine par une scène magistrale dans le bureau de Clark, un vieil homme politique respecté par Cotton lui-même. Sous la menace d'un fusil pointé par le vieux politique intègre. Un final est parfaitement mené par Tony Hillerman. Face au canon de Clark, c'est la résolution de l'intrigue amoureuse qui permet son salut. La petite employée ayant, malgré ses principes, envoyé l'enquête au journal d'un Cotton pourchassé. Pour Clark, il est trop tard... Inutile de faire taire Cotton.

Menacé par son enquête, John Cotton est sauvé par sa publication. Mais quitte le journalisme. Coton arrête le journalisme en raison des dangers qu'il a évité et de la perte de sa foi en d'objectivité. Entre le début et la fin, John Cotton aura ainsi subi une profonde modification de sa réalité, racontée par un récit d'une grande tension.

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