Titre original : The fly on the
wall
1971, tr.fr, 1991, Rivages/ Noir, 2010
Temporalité : Contemporaine
Localisation : Washington D.C.,
Etats-Unis
L'un des plus beaux joyaux de la
littérature noire est « Un linceul n'a pas de poche »
d'Horace Mc Coy. Aussi beau qu'il est méconnu. Le récit tragique
d'un journaliste enquêtant dans une ville gangrenée par la
corruption, celle-ci atteignant les bureaux de son journal. L'histoire d'un terrible
dilemme entre survie et éthique, entre corruption et idéal. Vision
manichéenne mais le roman se loge directement en plein cœur pour
le lecteur.
« La mouche sur le mur »
fait aussi partie de ces pépites sur lesquelles on ne peut tomber
que par hasard. Ou presque. Car son existence est quasiment ignorée.
John Cotton, journaliste politique, 15
ans à suivre la politique US à Washington, est le personnage
principal. Une vie pour les faits, pour le métier, pour
l'objectivité. Une vie solitaire pour l'actualité politique. Il rencontre un soir un collègue/concurrent,
enquêtant sur une affaire, juste avant que ce dernier ne tombe de
quelques étages dans le capitole. Il reprend l'affaire, fouille, enquête,
recoupe.
Quotidien du journaliste et enquête massive
Quotidien du journaliste et enquête massive
Tout le roman raconte ce travail. Une affaire de
corruption impliquant agents publics, des commandes de travaux,
la mafia de Chicago, politiques. Tout cela a l'air plutôt écrasant, trop
grandiose pour un roman noir, mais tout est raconté par Tony
Hillerman en l'immergeant dans le quotidien du journaliste. Cela créé une dynamique, une absence
d'emphase liée à cette volonté de rester à la hauteur de John
Cotton. Le tout allégé par une storyline amoureuse entre le
journaliste et une petite employée de bureau, qui désapprouve son
besoin de vérité à cause des vies que cette vérité peut briser.
Tony Hillerman est connu pour ses
polars dans le monde des indiens du sud ouest des USA. « La
mouche sur le mur » n'évolue pas dans ces univers. Et offre une exploration des limites de l'objectivité
journalistique. En publiant son enquête, John Cotton déssert en effet un
candidat au poste de gouverneur et favorise son rival
pour l'investiture, un opportuniste prêt à tout pour le
pouvoir.
Scène finale, la fin de l'objectivité
Scène finale, la fin de l'objectivité
Averti par un journaliste expérimenté,
John Cotton a persévéré, même poursuivi par des tueurs de la
mafia. La chasse dont il est le gibier se termine par une scène
magistrale dans le bureau de Clark, un vieil homme politique respecté
par Cotton lui-même. Sous la menace d'un fusil pointé par le vieux
politique intègre. Un final est parfaitement mené par Tony Hillerman. Face au
canon de Clark, c'est la résolution de l'intrigue amoureuse qui
permet son salut. La petite employée ayant, malgré ses principes,
envoyé l'enquête au journal d'un Cotton pourchassé. Pour Clark, il est trop tard... Inutile de
faire taire Cotton.
Menacé par son enquête, John Cotton est sauvé par sa
publication. Mais quitte le journalisme. Coton arrête le journalisme en raison des dangers qu'il a évité et de la perte de sa foi en d'objectivité. Entre le début et la fin, John Cotton
aura ainsi subi une profonde modification de sa réalité, racontée par un récit d'une grande tension.
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