23 mai 2011

Notes sur "Un pied au paradis" de Ron Rash

Vivre dans un monde qui meurt

Titre original : One foot in Eden
2002, traduction 2009, Livre de poche (2010)
Localisation : Jocassee, Caroline du Sud
Temporalité : de 1950 à 1970 environ.

Ron Rash bénéficie d'un effet de « ramdam » dans le monde français du polar. Or « Un pied au paradis » est un roman du sud des Etats-Unis, dans la veine d'un Daniel Woodrell ou du John Biguenet du « Secret du bayou ». Un roman qui avance à travers cinq voix (un sherif, le père, la mère, le fils et l'adjoint du sherif), et c'est peut-être cette trouvaille qui a séduit chez nous.

Chaque homme doit mordre la poussière avant de mourir, m'avait assuré papa un jour. Moi j'avais l'impression de la mordre par pelletées entières. Voilà ce que pense Billy Holcombe après avoir tué celui qui avait enfanté sa femme. Lui, Billy, pauvre fermier qui cultive des champs ne rendant rien. Dans un village, Jocassee, menacé par une inondation voulue par une compagnie d'électricité. Le ciel est souvent gris dans ce roman, le mort attaché dans un arbre, les vivants, travaillés, font ce qu'ils ont à faire dans la nature. Essayent de s'en tirer, sous les regards des autres.

Le monde de cette fiction est simple : cinq ou six personnages, un hameau, un crime. La grande thématique est la famille, avec un angle d'attaque, la transmission. Tous les personnages masculins sont hantés par cette préoccupation, du sherif au fils Isaac. Ron Rash laisse aussi de la place pour la relation forte entre Billy et sa femme, Amy, avec une justesse qui nous fait comprendre leurs comportements, aussi immoraux qu'ils puissent paraître.

L'auteur rend ce récit captivant, évite le folkore rural et les lourdeurs narratives, esquive le piège d'une moralité attendue (i.e. le criminel est attrapé par la police). Il nous amène à une scène finale de déluge. Saisissante. Des morceaux de squelettes dans un sac, une corde qui tremble au-dessus d'une rivière en cru et une famille en crise au milieu.

Avant que le hameau ne disparaisse sous l'eau en amont d'un barrage. Submergé pour devenir un lac. Isaac Holcombe (le fils, du meurtrier et du tué) :  J'apprenais que quitter un lieu n'était pas aussi simple que de faire ses valises et partir. On en emportait une partie avec soi, qu'on le veuille ou non.

La mort hante personnages et récit, saute parfois au visage avec violence. Jusqu'au surnaturel qui constitue ici, un écueil. Une maladresse de Ron Rash qui fait entrer une sorcière guérisseuse quasi omnisciente dans son récit. L'apparition du surnaturel crée en effet une distance, donne à voir que le récit n'est qu'un récit, révèle inutilement l'existence du romancier.

Thématiques : mort, famille, couple, campagne, nature

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