13 mai 2011

Notes sur "Les derniers grizzlies" de Rick Bass

 Un courant d'air sauvage dans les montagnes du Colorado

Titre original : The lost grizzlies
1995, traduction 2010, Gallmeister
Localisation : Massif des San Juan, Colorado
Temporalité : 1994-1995

Début des années 90, depuis quelques années Rick Bass s'est installé dans la vallée de Yaak au fond du Montana. Une vie frugale, âpre, loin de la civilisation mais, affirme-t-il heureuse.  Dans « Les derniers grizzlies », il file vers le Colorado et part avec quelques amis à la recherche des grizzlies qui auraient disparu. En quête de preuves de leur existence, mais avec l'objectif de maintenir les hommes loin pour protéger et laisser ces ours tranquilles.

Ce texte est une expérience contemporaine de la nature, loin du romantisme. On se surprend, grâce aux mots de Rick Bass, à regarder les montagnes comme si elles étaient jeunes et mobiles, on frissonne lorsqu'un homme se retrouve face à un grizzly. Et on se prend d'amitié pour l'un des personnages principaux, Doug Peacock, fou de nature, autonome, sage, sauvage, sans savoir s'il a existé ou est le fantôme d'un personnage d'Edward Abbey (autre auteur comme Bass du courant dit Nature writing).

Grâce à l'éditeur Gallmeister, un pan de la littérature étatsunienne nous arrive, pièce par pièce. Surprenant, fascinant, absolument pas commercial ni aseptisé. Le marketing éditorial n'a pas saisi cette branche vivante de la littérature US pour la briser en morceaux (comme un phénomène de mode ) et en faire un feu alimenté à l'essence industriel (un livre par mois jusqu'à ce que le filon ne soit plus vendeur). Et on se prend à rêver : Et si « Les derniers grizzlies » incarnait une vision renouvelée de la littérature ? C'est un courant d'air. Une littérature de la nature sauvage avec des auteurs qui travaillent sur une matière qui les dépasse, la nature, menacée par l'homme mais qui finira pourtant par l'engloutir.

« Les derniers grizzlies », c'est un geste d'écrivain qui pose un genou à terre, regarde et sent les montagnes, la faune et la flore. Puis dit : « Il faut sauver tout ça, ça vaut davantage que la vie urbaine, qu'une vie humaine, qu'une accumulation d'argent, que la fuite qui caractérise nos vies dites civilisées ». Ça glisse aussi à l'oreille un message enthousiasmant : « Allez dans la nature avec une boussole, de l'eau, de la nourriture, un duvet, une tente, des outils de base. Ne soyez pas irresponsables, faites preuve de bon sens et de respect. Vous verrez que vous vous en sortirez et vous sentirez autre chose. »

C'est quelque chose de pionnier, de novateur mais c'est juste du sens commun. Rick Bass écrit ainsi : Nous devons être capables d'aménager des noyaux de vie sauvage dans notre pays afin d'y puiser force, énergie et inspiration pour y renforcer notre propre sauvagerie. La vie sauvage contre la mort. La vie sauvage envers la mort. La vie sauvage qui est la vie. Et en plus du voyage dans les San Juan, l'industrie, l'économie capitaliste, la consommation, le progrès perdent en lisant « Les derniers grizzlies » toute influence sur le lecteur. Juste grâce à un  livre.

Thématiques : Nature, homme, civilisation, environnement, vie sauvage

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